Cours Histoire de l’art – Mardi 19 mai 2026 à 14h30
Jean-François LARRALDE, historien de l’art
L’Avant-garde russe
1900-1930
Après le cours sur Wassily Kandinsky, voici le contexte du nouvel art russe des deux premières décennies du XXe siècle avec des œuvres de peintres russes qui ont côtoyé Kandinsky dans différentes expositions et avec lesquels il collabore activement après la Révolution, avant de quitter définitivement la Russie.
Vous pourrez apprécier des œuvres de Victor Borissov Moussatov dont la création a enrichi le mouvement symboliste russe.
Au début de 1900, il exerce une grande influence sur le travail de Kandinsky, mais aussi sur celui de Pavel Kouznetsov, où l’on ressent l’aspiration à une stylisation décorative, lyrique, de la nature. Ce dernier fut, entre autres artistes, l’un des organisateurs de la Rose bleue, association qui reflétait les tendances mystiques et symboliques dans l’art russe.
L’éclectisme du style moderne de la gouache « Le Saint Suaire » de Kasimir Malevitch fait penser en même temps aux anciennes icônes russes brodées et aux représentations populaires naïves.
Une place importante est réservée aux peintres du Valet de carreau (1910-1917). Tous ces jeunes peintres doués rejettent les traditions académiques et réalistes ainsi que les recherches sur le symbolisme. Ils sont au contraire attirés par des mouvances plus radicales : postimpressionnisme, fauvisme, cubisme, art russe folklorique. Sur leurs toiles, ces peintres tentent de faire apparaître les « couleurs pures ». D’une manière brutale qui leur est propre, ils construisent la forme par la couleur. Parmi eux, certains penchent plutôt vers le primitivisme et le «loubok» russe, ainsi que Malevitch, qui, à cette époque, expérimente le cubisme et le fauvisme.
Vers le milieu des années 1910, Malevitch, à l’instar de Kandinsky, commence à élaborer sa propre théorie de l’art abstrait. Ses compositions se fondent sur l’opposition des formes géométriques. Tous les deux exerceront une influence considérable sur plusieurs peintres de l’avant-garde russe.
Jusqu’au milieu des années 1930, les œuvres des avant-gardistes russes sont montrées dans des expositions permanentes et temporaires des musées et des associations artistiques.
Mais, après la publication, en juin 1936, dans la Pravda, de l’article « Sur la Galerie Tretiakov », qui désignait le réalisme socialiste comme seul mouvement artistique possible, toutes les œuvres de l’avant-garde russe sont retirées et cachées dans des dépôts ou des réserves durant de longues années, voire radiées des inventaires.
Les conservateurs de la Galerie Tretiakov, quant à eux, décident de les dissimuler dans les archives et de les effacer des inventaires officiels, ce qui permet à la Galerie de sauver sa collection d’art de l’avant-garde. Un exploit dans le contexte de cette période.
